CANTER, le cheval et l'équitation au petit galop

Elevage équin

 

Qu'on soit un particulier ou un professionnel le but de la reproduction équine, de l'élevage, est de disposer, au final, d'un cheval utilisable et/ou commercialisable:

 

Pistes de réflexions: élever ou pas?

Sur le plan financier:

- Elever un jeune cheval coûte généralement bien plus cher que l'achat d'un jeune cheval du même âge, pour un particulier.
- Vendre un jeune cheval s'effectue généralement à perte par rapport aux frais d'élevage et au temps passé, pour un professionnel; sauf exception de produits de haute qualité ou très cotés sur le marché (race, origines, couleur).
- La vente d'un jeune cheval est un projet bien aléatoire, au vu de l'abondance de l'offre; sauf exception de produits de haute qualité aussi "prêts à utiliser", c'est à dire éduqués et dressés!

En ce sens quelques chiffres jetés en l'air:
- coût moyen d'un poulinage complet basique test métrite + saillie + écho + poulinage + identification poulain qui monte facilement à 800 Euros, voire 1300 Euros si on prend une saillie à 700-800 Euros.
- prix moyen d'un poulain Origines Constatée Cheval de Selle au sevrage 1000 Euros, d'un poulain pleins papiers Lusitanien par exemple 2000 Euros. Rares sont les produits vendus à ce stade.......
- coût moyen annuel du poulain de 0 à 3 ans minimum 500 Euros/an, sans compter les heures de travail en manipulation. Un trois an a donc coûté à son éleveur 2300 à 3000 Euros. sans compter la castration d'un hongre.
- prix moyen d'un cheval de 3 ans manipulé Cheval de Selle à peine 1500 Euros, d'un plein papiers 3000 à 5000 Euros, mais là aussi les produits "bruts" se vendent difficilement, alors que pour presque le même prix le jeune cheval débourré (donc travail et compétence en plus!!) se vendra assez facilement.

En somme pour un particulier, financièrement il n'est pas interessant d'élever son jeune cheval,
Pour un professionnel, c'est une opération difficilement rentable qui ne sera valorisée que sous une prestation irréprochable et une haute qualité du produit.

Sur le plan technique et éducationnel/dressage:

- élever un jeune cheval signifie savoir l'éduquer, ce qui n'est pas donné à "tout le monde"....
- élever un jeune cheval signifie un bagage technique solide (reproduction, soins, alimentation)
- élever un jeune cheval signifie disposer de pâtures de qualité.

Pour un particulier, ne pas posséder ce bagage technique, comportemental, et d'infrastructures signifie à l'arrivée un jeune cheval "loupé" sur le plan physique ou comportemental.
Si au contraire il possède ce bagage, il s'assure un jeune cheval sain, confiant, bien éduqué, dont le dressage coulera de source,bien plus facile qu'avec un jeune cheval acheté au passé parfois douteux.
C'est également valable pour le professionnel.... bien médiocres produits à la vente que des poulains peureux ou vicieux, ou au contraire, se vendront haut la main des produits aimables et 'bien élevés".

Sur le plan de la prise de risques:

- accident à la saillie
- poulinière vide ou stérile, interruption accidentelle de la gestation
- accident au poulinage
- malformation ou mort du poulain
- accident lors de l'élevage et de la croissance.

Pour un particulier ou un professionnel SACHANT EDUQUER un cheval et COMPETENT techniquement, le choix d'élever se pose dans les termes suivants:

Avantages... Inconvénients...
Elever... Education & dressage maîtrisé
Potentiel cheval de haute qualité
Coût élevé
Infrastructures et superficie nécessaire
Temps passé & compétences nécessaires
Prise de risque (accidents, poulinière vide...)
...Ne pas élever Coût plus intéressant
Temps passé & compétences réduites
Pas ou peu de risques
Choix du cheval
Risque de "passif" comportemental à réeduquer

 

Définir son projet: le produit souhaité

Définir son projet, c'est définir le produit souhaité. A partir de cet objectif, on choisira ou on observera la poulinière en ce sens, pour arrêter les critères de choix de l'étalon.
NB: Choisir un étalon "idéal" en espérant obtenir une copie conforme est une infructueuse démarche: le produit est la résultante combinée des forces et faiblesses des deux reproducteurs.....
> on définit donc le projet, le produit idéal
> on observe les forces et faiblesses de la jument au regard de ce produit idéal
> on cherche l'étalon dont les caractéristiques vont potentiellement compenser ou corriger les faiblesses de la jument, confirmer ses forces.

Quel statut d'identification?

Souhaite t'on des produits plein papiers (pure race), demi papiers (origine constatée), sans papiers (origine non constatée)?
Le critère de choix est l'accès aux compétitions hors niveau club: un cheval ONC, sans papiers, n'y a pas accès. Les autres si. Par contre pour un cheval de randonnée ou de loisir cela a peu d'importance. Pour un futur reproducteur par contre,cela conditionne le statut de sa descendance.
On examinera donc ce point en fonction de l'utilisation potentielle du futur cheval.

Quelles aptitudes, pour quelle utilisation?

On s'interrogera sur l'orientation donnée à la production: cheval de sport, cheval de loisir, cheval d'attelage, cheval d'endurance....? etc
De cette orientation découle un certain nombre d'aptitudes souhaitées, qui se déclinent directement en caractéristiques physiques et mentales que l'on définira plus loin dans le détail.

Quelle race?

Souhaite t'on une race particulière, ou un mélange de races donné?
On examinera généralement ce point sous un double aspect de l'utilisation future et la relation aux aptitudes ci dessus (certaines races plus adaptées à certaines disciplines), de son attirance personnelle pour un particulier, et de la mode également (certaines races sont plus prisées et se vendront plus facilement pour l'éleveur)...
Dans la race, ensuite, les puristes pourront s'orienter vers certaines souches ou origines bien particulières.

Quelle conformation?

Issue de l'analyse de l'utilisation et des aptitudes souhaitées, quels sont les grandes lignes de conformations souhaitées pour le jeune cheval? Généralement le premier critère "universel" seraient la qualité des membres et des pieds (aplombs, tissus, attaches osseuses). On peut y rajouter des conformations liées à la discipline: un dos porteur pour la randonnée; la puissance et la longueur de l'arrière main pour un cheval de sport, etc..

Quel mental?

Issue de l'analyse de l'utilisation et des aptitudes souhaitées, quels sont les grandes lignes de mental souhaitées pour le jeune cheval? Généralement, on s'efforcera de produire des produits de bon caractère, ce critère permettant d'écarter les reproducteurs qui ne présenteraient pas cette caractéristique (surtout important pour la jument, car c'est elle qui "éduque" le poulain...!). Ensuite on privilégiera le courage, le calme, le sang, suivant l'utilisation envisagée pour le produit.

Quelle couleur?

Peut paraitre futile et anecdotique, mais est un critère important pour bon nombre de particuliers.... et de professionnels, qui savent pertinament que certaines robes se vendront plus facilement (paints et appaloosas en loisir et western; isabelle, noirs, bai bruns robes rares), surtout en orientation loisir et dressage/spectacle. Pour le cheval de sport c'est de moindre impact.
D'autant plus que les récents progrès en matière de génétique des robes permettent de se lancer dans des calculs de probabilités.... On peut ainsi "jouer" à choisir les reproducteurs pour leur bagage génétique en matière de couleur de robe, par étude de leurs ascendants et descendants. Au final la probabilité d'obtenir la robe voulue demeure souvent... une probabilité..!! Sauf en cas de gènes dominants et/ou d'homozygotie facile à "manier".

Une fois le descriptif du "produit objectif" établi avec précision, il est possible de se lancer dans l'examen et/ou le choix de la jument poulinière...

 

Examen, choix de la poulinière

Il est à noter que la qualité de la poulinière (origines et caractère) conditionne à plus de 60% la qualité du produit!!

Aptitude à la reproduction (stérilité, âge, conformation)

C'est une lapalissade, mais pas si évidente: certaines juments sont stériles quelles que soit leur âge, et donc dans le doute on aura plus de confiance à choisir une jument qui a déjà pouliné....
L'âge ensuite, de 4 à 24 ans: les juments sont fécondables à partir de l'âge de deux ans, mais on aura tout intérêt à attendre 3-4 ans afin de laisser s'achever la croissance avant de faire pouliner. Puis la fertilité diminue, et généralement à partir de l'âge de 24 ans, la fécondation, la gestation et le poulinage deviennent de plsu en plus aléatoires mais aussi risqués...
Structure & conformation de la jument: la gestation et le poulinage sont une épreuve physique que la jument doit être en état de supporter. Attention aux juments carencées en alimentation, aux dos faibles de nature, aux mauvais aplombs.... Penser dos, membres, métabolisme.

Tares à caractère héréditaire

On essayera de détecter et on s'efforcera d'écarter de la reproduction toute jument présentant des tares héréditaires telles que syndrome naviculaire, emphysème...

Papiers & origines

Une jument identifiée ONC (Origine Non Constatée) ne pourra, au mieux que produire des produits identifiés "Cheval de Selle", à condition de choisir un étalon agréé à la monte (sinon ses produits seront aussi ONC et interdits de toute compétition hors circuit club 5eme catégorie). Pour une jument plein papiers, il est possible de la faire reproduire en race pure (plein papiers) ou en croisement (Cheval de Selle).

Les origines maternelles sont les plus importantes à considérer: à l'aide de la base de données des haras nationaux, vérifier point par point toute la souche maternelle. On regarde tout d'abord l'indice en compétition de la jument elle-même (quelque fois peu significatif : mise à la reproduction jeune, accidentée, pas exploitée par un cavalier d'assez bon niveau, ...). Ensuite on interroge l'indice de sa mère, puis on liste sa production : on connaîtra ainsi ses demi-frères et sœurs (oncles et tantes), leurs descendances (cousins et cousines) et leurs résultats respectifs en compétition. On remonte encore dans le temps pour interroger sa grand-mère maternelle et sa production, son arrière grand-mère maternelle, etc.. aussi loin que l'on peut remonter. Si les chevaux sont sur des races ou des lignées qui n'ont pas ou peu été exploités en compétition, cette recherche est de peu d'aide.
Le père et sa souche sont également importants. On notera les résultats sportifs globaux de sa production, son classement au hit parade des meilleurs pères de mères, les qualités et défauts qu'il a transmis, etc...

On contrôlera également le nombre de consanguinité : si un même cheval est à la fois dans la souche maternelle et paternelle, et à quel degré (ex : grand-père d'un coté, arrière grand-père de l'autre). Faire attention également à ce que son courant de sang ne soit pas trop généralisé (ex : si on trouve dans le papier 2 fois ALME , il sera préférable d'éviter de faire saillir votre poulinière par un étalon de cette souche ; imaginez le papier du poulain où on trouvera 3 fois ALME !). On veillera donc à tenir compte du courant de sang, car produire des chevaux avec trop de sang amène quelques fois à se retrouver avec des poulains inexploitables.

Conformation

On portera énormément d'attention aux aplombs et aux membres; canons courts, jarret large (solidité), arrière main puissant, bons aplombs, pieds bien proportionnés, solides.
Le modèle doit présenter une taille adéquate pour le projet de l'éleveur, un bassin large (passage du poulain), une structure osseuse, une ligne du dessus tendue et éventuellement un peu longue (laisse de la place pour le développement du foetus) mais sans excès (nuit à la puissance), et enfin une encolure montante et bien orientée.

Mental: caractère, sang, allures

Le caractère de la jument conditionne le devenir du produit. Outre qu'on évitera de mettre à la reproduction des juments irascibles ou rétives, on cherchera dans la jument la dose d'influx nerveux souhaitée pour le produit (cheval de club, de loisir, de sport??: pas le même influx).
La qualité de son tissu est également un point important : après un effort on doit voir apparaître très distinctement son réseau veineux : c'est un signe de présence de sang, et de bonne qualité des tissus notamment du point de vue de la cicatrisation. Une jument avec du sang est toujours plus facile à croiser et apportera de la qualité à sa production.

Couleur

La robe est un facteur important dans la facilité de vente d'un produit: robe grise très prisée concours de modèles et allures mais susceptible de développer des mélanomes, robe isabelle, pie, appaloosa recherchée en loisirs et équitation western, robe baie brune à noire, palomino ou crème recherchées pour leur esthétique et leur rareté, etc...
Les progrès en matière de transmission génétique des robes permettent à l'éleveur d'analyser le potentiel couleur des reproducteurs (couleurs des ascendants et de la descendance), et de jouer avec les probabilités statistiques pour avoir des chances d'obtenir certaines couleurs.

 

 

Page du carnet www.chevaux-de-feu.net créée le 14/02/2007, dernière modification du 07/10/2007