CANTER, le cheval et l'équitation au petit galop

Histoire de l'équitation

 

Le mot équitation provient du latin equitare, qui signifie aller à cheval.

Le cheval, conquète de l'homme, a suivi celui-ci dans tous les stades de son évolution.

L'équitation est une activité très ancienne, pratiquée dès l'antiquité, dans un but principalement guerrier, mais aussi de déplacement, et de traction animale.
Au fil des siècles l'équitation s'affine, par l'acquisition de nouveaux matériels (selle, étriers...).
C'est à partir de la Renaissance que l'équitation commence à revêtir une dimension " artistique ".
A la fin du XIXème siècle, avec la révolution industrielle, apparaît l'équitation sportive, puis l'équitation de loisir.

La succession des nombreuses écoles de dressage et de pratique depuis l'Antiquité
raconte la longue marche de la brutalité, avec des instruments de coercition étonnants,
jusqu'à la douceur des moyens dont s'enorgueillit l'Ecole Française depuis La Guérinière,
et la conviction qu'il faut avant tout priser l'harmonie dans le couple cavalier-cheval.
" De la douceur avant toute chose "

Accès direct aux chapitres, ci dessous:
L'Antiquité
Le Moyen-âge
La Renaissance
Le XVIIIème siècle
Le XIXème siècle
Le XXème siècle
Equitation contemporaine

 

 

L'Antiquité

Début du quaternaire: Apparition du cheval en représentations dans sa forme presque définitive, aux côtés de l'homme de Néanderthal.

Début de l'âge de Bronze : Domestication du cheval par l'homme. Tous les peuples s'efforcent d'utiliser l'énergie du cheval en captant sa force motrice.

30 siècles av. J.C. En Inde, la place tenue par les chevaux dans les livres sacrés de l'Inde antique est prépondérante : le dieu soleil monte un cheval blanc qui devient noir la nuit... En Chine, le cheval est également connu et vénéré.

18 s. Av. J.C. Les Hyksos (peuple de pasteurs venus d'Asie), envahissent la péninsule arabique et pénètre en Egypte avec des chevaux arabes. (cf. Georges historique du char)

15 s. Av. J.C. En Egypte, le cheval est utilisé en attelage, mais il ne semble qu'il n'y ait eu aucune cavalerie avant l'époque des Ptolémées.

8ème s. Av. J.C. La région Napolitaine, appelée Campanie, voit débarquer des colons grecs de grande renommée cavalière :
- les Hippobotes (= " nourisseurs de chevaux ")
- les Etrusques (originaires des Balkans)
Ces colons deviendront les " cavaliers campaniens ", qui seront au moyen-âge à l'origine de l'Ecole Napolitaine.

6ème s. Av. J.C. La cavalerie domine dans l'armée Perse. Les Parthes montent à cru et jouent même au Polo...

4ème s. Av. J.C. Ptolémée 1er Sôter fils de Lagos, est le fondateur de la dynastie Macédonienne des Ptolémées ou Lagides, qui gouverne l'Egypte jusquà la conquète Romaine.
Apparition de la cavalerie dans l'armée Egyptienne.
Apparition du mors en Mésopotamie, dès le IVème Millénaire (putain c'est quand ???)
Hipposandales en cuir mises en place quand et par qui ??

1490 av. J.C. Des tablettes Hittites fournissent les premiers principes d'un Art Equestre : ils sont dus au guerrier Kikuli, et traitent de l'entrainement progressif des chevaux utilisés à la traction des chars de combat.

4ème s. Av. J.C., 424 av. J.C. Simon d'Athènes et l'auteur quasi inconnu du plus ancien traité connu d'équitation " Sur l'extérieur et le choix des chevaux ", dont il ne reste qu'un chapitre mutilé. Les exploits visés sont guerriers.
Un hipparque grec, Xénophon consacre un ouvrage à l'Art Equestre : L'Art Equestre. C'est la toute première formulation écrite des principes de l'equitation, et de l'Art Equestre. De nos jours encore, tous les auteurs modernes reconnaissent la valeur de base et la validité de la formulation grecque (d'Aure, de Carpentry, Henriquet, etc...)

5ème s. Ap. J.C. L'empire Romain d'Occident s'écroule. L'empire Romain d'Orient, les Byzanthins découvrent les autres éléments nécessaires au développement de l'équitation :
- la selle
- les étriers
- la ferrure à clous
Ces inventions ne sont pas étrangères au fait que les Byzanthins, duant le siècle suivant, reconquièrent une partie des provinces perdues. Ils les reperdront progressivement, mais se maintiendront jusqu'au 12ème siècle en Campanie. Le cavalier peut alors utiliser toutes les ressources du cheval dans ses déplacements, ses chasses et ses combats. Les Grecs et les Romains utilisent le cheval dans un but guerrier et sportif, mais également comme principal élément de leurs jeux (courses de chars). Les techniques équestres de l'Antiquité sont peu connues. Le tripudium des Romain, pratiqué dans les manèges, était un trépigné, probable ancètre du piaffer. Les allures les plus prisées, communes à tous les peuples de l'Antiquité occidentale jusqu'à l'invention de la selle et des étriers étaient l'ambulatoria (pas amblé) et le canterius (petit galop), allures de voyage les moins fatigantes pour le cavalier...
Les peuples sédentaires comme les Chinois se mettent à intégrer le cheval dans leur civilisation.

VIIème siècle ap. J.C. Par invasion, les Arabes venant d'Italie du Sud et d'Espagne marquent de leur empreinte l'équitation occidentale : ils sont à l'origine des fondements de l'équitation Européenne de la Renaissance.

En 732 Charles Martel bat les Arabes à Poitiers, qui se retirent en laissant une grande partie de leurs chevaux.

 

Le moyen-âge

Les chevaliers emploient des chevaux lourds et puissants pour la guerre ; des chevaux rapides et légers pour la chasse, les parades, les tournois...
Leur équitation est relativement primitive et brutale, le cheval n'étant qu'un instrument à dominer.

1130 environ Dans le sud de l'Italie, un groupe d'ecuyers Byzanthins nourris de la culture equestre des cavaliers campaniens issus des colonisations grecques du 8ème siècle avant J.C., crée une Académie d'Equitation : L'École Napolitaine.
En ce 12ème siècle ap. J.C., les cavaliers disposent :
- de la ferrure à clous,
- de la selle et de l'étrier,
- du double mors (bride et filet),
- des éperons.

 

La Renaissance

XVIème siècle. La Renaissance Italienne voit apparaître des Académies et des Ecoles d'Equitation...

L'Italien Frederico Grisone relance l'Académie de Naples (Ecole Napolitaine), et rédige le premier réel écrit traitant de l'equitation depuis..... Xénophon !: Gli ordini di cavacare (1550).
L'Italien Cesare Fiaschi fonde sa propre académie en 1534. Il est l'auteur du premier Traité des embouchures.
L'Italien Gian Battista Pignatelli forme deux élèves qui deviendront deux illustres écuyers français : Salomon de la Broue (auteur de Le cavalier Français) et Antoine de Pluvinel.

La sévérité des procédés préconisés et employés est alors sidérante : récompenses et châtiments alternent, encore que les châtiments l'emportent largement...

Monsieur de Pluvinel (1556-1605), maître de Louis XIII, invente le travail entre deux piliers et l'usage de la chambrière, mais recommande la douceur. Il répertorie les airs relevés et les travaille :
- pesade
- ruade
- courbette
- ballottade
- cabriole.
C'est à partir de l'influence de Monsieur de Pluvinel, montrant que l'empririsme limité au bon usage d'une monture pour la guerre ou la chasse pouvait être dépassé et s'élever au niveau du raisonnement et de l'art, que c'établit les fondements d'une véritable esthétique. Il énonce cette vérité première : le cheval doit être en avant.

 

Le XVIIIème siècle

L'histoire de la haute équitation est alors étroitement liée à celle des monarques et des cours : elle contribue au prestige de l'Etat, enrichit l'art militaire, sert le plaisir des princes et des nobles...

François Robichon de la Guérinière (1688-1751), " le père de l'équitation française ", est breveté écuyer du Roi en 1715 et s'installe à Paris où il dirige le manège de la rue Vaugirard. Il est nommé ecuyer ordinaire de la Grande ecurie du Roi au Manège des Tuileries en 1730. Il fait paraître entre 1829 et 1831 son Ecole de Cavalerie, qui reste encore un texte de référence en matière d'art equestre. Puis en 1740 Les éléments de cavalerie, ouvrage abrégé du précédent. Il cite en principaux inspirateurs Monsieur du Plessis (1620-1696, n'a pas laissé d'écrits) et Monsieur de la Vallée (pas d'écrits non plus), et deux auteurs : Monsieur de la Broue (élève de Pignatelli) et Monsieur le Duc de Newcastle (anglais). La principale ambition de la Guérinière est la clarification de ces deux auteurs (" leurs ouvrages sont des trésors infructueux... par le peu d'ordre qui y règne "). Dans cette " Bible équestre ", il :
- codifie et clarifie les principes de ses prédécesseurs,
- pose les bases d'une nouvelle école plus simple, plus naturelle et adaptée à l'usage habituel du cheval.
Il est le premier à exposer que tous les chevaux ne sont pas capables du même travail, et que les exigences doivent être adaptées aux capacités du cheval. On lui attribue la paternité de l'épaule en dedans et de la descente de main. Il innovera également en matière de position du cavalier (auparavant buste raide, jambe et jarret tendus) en étrivant moins long et en asseyant davantage dans la selle.

 

Le XIXème sciècle

Vers 1814 l'Ecole de Saumur connait un essor et va être le lieu de l'affrontement des élèves indirects de Versailles et des disciples de la nouvelle doctrine enseignée par d'Auvergne à l'Ecole Militaire : ce sera le siècle de l'affrontement de deux grands maîtres, d'Aure et Baucher.

Vers 1834, François Baucher (1805-1873) vient s'installer à Paris. Refusant l'essentiel de l'héritage classique, il proscrit les oppositions d'aides et prèche la légèreté. Il s'élève en rival du Comte d'Aure. Il découle de cette période deux grandes traditions équestres en Europe :
- l'Ecole de Versailles et l'oeuvre de La Guérinière (dite " Tables de la Loi "), dont s'inspirèrent largement des Allemands comme le Baron de Sind et Gustave Steinbrecht, des Autrichiens comme Maximilien Weyrother et ses successeurs à l'Ecole Espagnole de Vienne.
- L'école Bauchériste, dont se recommandent encore quelques cavaliers.

La conclusion de cet affrontement sera tirée par le Général l'Hotte à la fin du 19ème siècle, et par Decarpentry durant la première moitié du 20 ème siècle.

Le cheval, après avoir été " bête de somme ", moyen de déplacement, signe extérieur de richesse, est également devenu le compagnon de loisir de l'homme, avec dans les villages l'apparition de courses lors des fêtes.
Les régiments de cavalerie militaire, afin de sélectionner les meilleurs chevaux, inventèrent une " épreuve du cheval d'armes ", basée sur l'endurance avec des chevaux plus ou moins chargés. Les officiers se lançaient des défis entre eux et parvenaient à parcourir des distances considérables sur les routes. Des abus amenèrent à codifier les épreuves et à en faire une discipline : les raids d'endurance.
Très vite on s'aperçut de la nécessité d'évoluer en terrain varié et de franchir des obstacles :l'épreuve du cheval d'armes s'enrichit d'un temps de galop à travers champs et de saut d'obstacles, alors que le dressage n'était pas toujours pris en compte. Le Cross-country était né, appelé ensuite championnat du cheval de selle, puis Military.

Alors que la position était alors issue de la Haute Ecole, bien assis fièrement, l'Italien Frederico Caprilli lance une théorie sur la position en suspension, ou équilibre, déjà adoptée par les anglais pour la chasse.

 

Le XXème siècle

Au début du XXème siècle, adeptes des équitations classiques et sportives s'affrontent dans leur façon de monter...

Le Colonel Danloux, Ecuyer en chef du manège de Saumur de 1929 à 1933, s'inspire de la théorie de Caprilli concernant la position en suspension pour perfectionner la monte à l'obstacle.
En 1900, le dressage et le CSO deviennent disciplines Olympiques, au départ réservées aux officiers militaires, et seront ouverts à tous les cavaliers en 1952. Le premier Concours Complet international a lieu à Badminton en 1949. L'influence des USA en équitation se fait vite sentir, avec l'ouverture du Club du Lasso au Bois de Boulogne à Paris, en 1953 : equitation américaine.
L'influence militaire est très forte jusque dans les années 1970-1980.

A cette époque apparaissent les Clubs et Centres Equestres, avec la démocratisation de l'Equitation sportive et de loisirs, et l'apparition de nouvelles disciplines et l'amélioration de la pédagogie : Fillis ??

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

¢ Etapes de l'évolution de l'activité par ses utilisations, disciplines ¢ Inventions et découvertes matérielles ¢ Inventions et découvertes techniques ¢ Grandes écoles ¢ Grands écuyers ¢ Textes de référence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le début du 20ème siècle: une révolution équestre avec l'apparition de l'équitation sportive et de loisir

L'après 1870 (fin du 19ème siècle) voit l'apparition et l'essort de l'équitation sportive.
C'est l'officier italien Frederico Caprilli qui élabore le système de monte "en suspension" à l'obstacle et ouvre la voie à l'équitation moderne d'extérieur.
De nouvelles disciplines voient le jour: Point to point, steeple, cross, raids, concours de saut d'obctacles.

Entre les deux guerres mondiales, les cavaliers militaires français étaient parmis les plus brillants du monde (de Laissardière, Bizard, Clavé), mais ces cavaliers ne sont paradoxalement pas issus du Cadre Noir de Saumur, car la méthode de monte à l'obstacle qui y est alors officialisée et enseignée par l'écuyer en chef de l'époque (Colonel Danloux), nuit à la solidité et l'efficacité...

"Seuls ceux qui ont appliqué le principe contraire à la doctrine Danloux, ont réussi." (Gudin de Vallerin)

Après la guerre 39-45, la motorisation, les différents confilts (Indochine, Algérie) et certains errements techniques font que l'école militaire est en régression, hormis quelques exceptions hors Cadre Noir. Ce sont les civils qui prennent alors le relai avec d'Orgeix, d'Oriola, de Maillé, puis Rozier, Roche, Roguet, Parot, Navet, d'Esmé en dressage, Cochenet, le Goupil en CCE: l'équitation sportive de haut niveau devient de plus en plus civile.

A partir de années 50 et surtout les années 70 survient une véritable démocratisation de l'équitation, avec:
- le développement et centres équestres, l'appartion des poneys clubs
- le développement du tourisme équestre, de la randonnée
- le retour à la mode d'un certain nombre de disciplines de loisirs comme les jeux (horse ball, polo, pony games), la voltige, l'attelage, les raids d'endurance.

 

Equitation contemporaine

 

 

 

 

Sources bibliographiques

 

 

Page du carnet www.chevaux-de-feu.net créée le 17/06/2006, dernière modification du 14/09/2011

 

ANTIQUITE = VOIR http://www.miscellanees.com/b/bogros27.htm

Que ce soit : Lancosme, Brèves en 1843, Molier en 1911, Sévy en 1922, Podhajsky en 1968... et bien d'autres ; pour les écuyers européens, l'histoire de l'équitation se résume à ceci Xénophon, deux millénaires de décadence (?), puis la Renaissance et le renouveau contemporain, un point c'est tout ! Quelle impasse ! Quelle inconséquence pour ne pas dire quelle ignorance ! Car c'est précisément au cours de ces deux millénaires que l'homme a inventé l'équitation dans sa forme la plus naturelle ainsi que les outils qui lui ont permis de soumettre le cheval. Ce fut le fait des peuples cavaliers venus d'Orient qui, au cours de cette période historique, ont fait évoluer l'humanité connue, sous la pression de leurs empires. L'Empire arabo-musulman des califes - et l'empire des Steppes des Gengis-khanides, pour ne citer que les principaux. Les premiers abordant l'Europe par le sud, transportés par leur foi religieuse, ont pénétré jusqu'au cœur de l'Espagne, de la Gaule et de l'Italie apportant, avec Aristote et l'algèbre, le cheval oriental et la monte à la genette,... que les Ibériques, à leur tour, devaient transmettre aux Américains !!! Les seconds, arrivant par les steppes de l'Europe orientale, établirent pour des siècles leur suzeraineté sur les principautés russes, imprimant une marque indélébile à l'âme slave et transmettant à l'Europe un mode d'équitation que les cosaques devaient faire rayonner jusqu'à Paris !! Au XVIe siècle, lorsque selon nos historiens européens « académiques », reprend l'histoire de l'équitation interrompue selon eux depuis Xénophon, l'épopée des peuples cavaliers est terminée à jamais. Mais l'Europe, contrainte et forcée, a hérité d'eux l'essentiel de l'équitation naturelle ; héritage à partir duquel elle pourra à son tour créer une équitation originale et spécifique, mais qui ne représente qu'une partie de l'ÉQUITATION ! Car cet art, autant et peut-être plus que les autres, s'est transmis non par les traités mais par la pratique transmise par des maîtres, la plupart inconnus, qui eux-mêmes l'avaient appris de maîtres plus anciens. L'équitation, avant d'être mise en formules, s'est exprimée soit de façon utilitaire, soit guerrière, soit esthétisante selon les sociétés qui l'ont sécrétée. C'est par le contact de ces différentes sociétés qu'elle a peu à peu imprégné les peuples, même les moins doués. Dans ce processus historique, il n'y a pas eu de hiatus, mais une progression continue. C'est pourquoi, les pratiques équestres et hippiques des Européens ne peuvent pas avoir été le fait d'une génération spontanée. Aussi convient-il, par souci de vérité historique, d'étudier la part de l'héritage qu'ils ont reçu des peuples cavaliers(1). C'est ce sujet que l'auteur tente de traiter dans les pages de ce livre. Cette étude, qui se situe dans l'espace historique précédent la Renaissance, en constitue la première partie. Mais elle nous a entraînés à des recherches complémentaires qui sortent de cet espace. Nous les avons réunies dans une deuxième partie. Et puis, une troisième partie est née, spontanément, au cours du travail de rédaction. Ce sont les notes et commentaires qui ont pris, parfois, un développement inhabituel. Ils permettent une autre lecture de cet ouvrage, en ouvrant de nouvelles perspectives. N'étant pas historien, mais soldat et professeur d'équitation, pourquoi l'auteur s'est-il aventuré sur ce terrain qui n'est pas le sien ? Ce sont les nécessités de l'enseignement qui l'y ont conduit. En effet, ayant eu à enseigner l'équitation à tous les niveaux, il a dû tout naturellement compléter l'enseignement de la pratique équestre, par l'étude de l'environnement hippique qui a engendré cette pratique. Engagé sur cet axe de recherche, il fit la constatation du silence des historiens sur ce sujet, et du délire affabulateur des sous-traitants de l'histoire. Alors que faire ? Eh bien ! étudier et confronter les ouvrages qui, de près ou de loin, abordent l'équitation ; puis, rédiger cette lecture. Celle d'un praticien de la guerre à cheval, de l'élevage du cheval de selle, de guerre, de troupe, de la basse et haute école, de l'équitation sportive et de loisir. Arrivé à ce point de sa profession de foi, l'auteur serait injuste s'il ne citait pas ceux qui, par leurs travaux, lui ont montré la route : Mennessier de La Lance, Lefebvre des Noëttes, Vigneron, dont les œuvres sont fondamentales (2) ; Perron, Daumas, Mercier (3) qui, par leurs traductions et leurs enquêtes, nous ont permis d'aborder l'histoire de l'équitation arabe ; Gianoli, Tavard, Saurel (4) qui ont tenté une totalisation du savoir historique sur l'équitation. Ce qui est utile et méritoire, et montre le long chemin qui reste à parcourir ; Decarpentry et Monteilhet(5) qui nous ont fait connaître l'équitation française et européenne moderne ; Aubin, Cherchève, Grange, Lagoutte, Meniel, Mulliez (6), dont les thèses ont fait progresser nos connaissances dans des secteurs nouveaux par le biais du droit, de la sociologie, de l'archéologie et de l'anthropologie. Il serait plus injuste encore de ne pas dire le bien que nous pensons des multiples publications des nombreux érudits du XIXe siècle qui ont éclairé par leurs travaux des zones historiques restées dans l'ombre. En notant les efforts remarquables de tores ces amateurs, c'est pour nous une nouvelle occasion de regretter que les historiens professionnels aient négligé l'équitation et l'élevage du cheval, aspect si important de l'histoire de l'humanité. Avant de nous quitter, le maître Braudel (7) a fait le constat de cette ignorance sur les questions hippiques. Il a écrit combien il était navrant de ne pouvoir expliquer pourquoi, en France, à la veille de la Révolution de 1789, on élevait encore les chevaux comme à la veille de la guerre de Cent Ans ! Et ce n'est qu'une partie de la question. Si le message a été entendu par J.-P. Digard du CNRS et J.-L. Gouraud, éditeur de la collection Caracole, qui ont rassemblé une vingtaine de chercheurs au colloque d'Avignon, en janvier 1988 (8), par contre l'histoire officielle continue d'ignorer le sujet. C'est ainsi que, publié cette même année, le Dictionnaire d'art et d'histoire militaire (9) oublie le mot « remonte »(10) qui a pourtant sa place, indiquée et indispensable, après le mot « recrutement ». Alors que, durant des siècles, le recrutement et la remonte ont été « les bases de toute constitution militaire », comme l'écrivait le général Oudinot en 1847 (11). Alors que, aucun historien ne peut évaluer la capacité opérationnelle d'une cavalerie, s'il ne peut définir quels furent ses chevaux et le mode de renouvellement de ses effectifs, en un mot, s'il ignore tout de sa remonte ! Quant à l'équitation, technique de la conduite du cheval sous l'homme, elle constitue, avec le recrutement, la remonte et le harnachement, les quatre facteurs qui fondent le système équestre d'une société (12). L'analyse de ce système permet de mieux comprendre certains grands événements. (Par exemple les invasions des VIIe, Xe, XIIIe siècles et, plus près de nous, 1812 ou la Marne 1914.) N'est-ce pas l'un des buts de l'histoire ? Dans cet ouvrage, nous avons centré notre étude sur le Moyen Age (13). C'est pourquoi - comme les Européens considèrent que l'histoire de l'équitation ne commence qu'avec leur « Renaissance » - nous ne proposons aux lecteurs qu'une introduction à cette histoire. Cela étant dit, nous devons définir l'idée principale qui constitue la trame de cet essai. Idée qui nous est venue depuis quelques années, alors que nous avions entrepris de méditer les exemples de ceux qui nous ont précédés dans l'art de diriger au mieux le cheval sous le cavalier. L'étude de l'histoire de l'équitation nous a conduit à faire une distinction fondamentale entre les peuples nomades qui apparurent au cours des temps, conquérant le monde sur le dos de leurs chevaux et les peuples sédentaires qui battirent de grands empires, foyers de la civilisation et qui, ayant à affronter les premiers, durent adopter à leur tour le cheval pour les combattre. Ces peuples sédentaires, sans traditions équestres, organisèrent des corps de cavaliers qu'ils durent éduquer à cette technique nouvelle pour eux. Ils créèrent de toutes pièces les premières « cavaleries » régulières et furent amenés, en s'inspirant de la manière de faire de leurs adversaires, des qualités et défauts de leurs troupes et des chevaux de leurs élevages, à raisonner l'équitation (de même que la tactique d'emploi de cette nouvelle arme). De sorte que l'on peut avancer le paradoxe suivant : à savoir que ce sont les peuples sédentaires qui ont inventé l'équitation en tant que technique ! Les peuples nomades, au contraire, qui furent les véritables peuples cavaliers, montaient à cheval d'instinct, de la façon la plus simple du monde. Ils ne se soucièrent guère de régulariser leur équitation et de la mettre en formules. Ils conquirent ainsi de vastes empires, le plus souvent éphémères. Signalons tout de suite une exception à la règle : celle des Arabes qui, de peuple chamelier, devenus peuple cavalier, établirent leur puissance sur de vastes contrées et pour de longs siècles et qui, devenus citadins, du moins dans leurs structures étatiques, ressentirent la nécessité de conserver par écrit leur équitation, pour la préserver. Dans les pages qui suivent, nous tentons - essai ambitieux - de découvrir la part de l'héritage équestre qui, ayant ses racines dans le monde antique, nous a été transmis, enrichi par le Moyen Âge qui a connu l'épopée des peuples cavaliers. Spécialiste hippique, l'auteur propose simplement une certaine lecture de l'histoire officielle, sous le triple éclairage de l'équitation, l'élevage du cheval, et l'emploi de la cavalerie. Bien sûr, avec Maxime Rodinson, il sait bien que le « ... spécialiste, formé étroitement dans la perspective d'une spécialité, se montre dilettante quand il prétend juger (-) des domaines extérieurs à celui qu'il a approfondi (14) ». - Que l'on nous pardonne ce travail d'AMATEUR. Ce n'est qu'une modeste contribution aux travaux, à venir, des professionnels de l'Histoire.

Durant toute l'Antiquité, l'homme a, peu à peu, inventé l'équitation ; technique nécessaire pour lui permettre d'utiliser le cheval, à la chasse, et surtout au combat. Les progrès ont été très lents. Il fallait, en effet, résoudre deux problèmes incontournables, (ils le sont encore) : - celui de la tenue à cheval, autrement dit, l'assiette ; et celui de la maîtrise et de la conduite de ce noble animal, loyal, mais fougueux. Autrement dit, tenir fermement sur le cheval et le conduire à son gré en toutes circonstances. Pour ce faire, il était nécessaire d'inventer le harnachement : mors et selle à étriers. Et cela a demandé une très longue période historique. Celle que l'on a appelé : L'ANTIQUITÉ. Dès le début du Moyen Âge, ces inventions furent transmises par les Perses sassanides au peuple arabe. Ce qui devait avoir d'immenses conséquences (voir chap. IV, et chap. X la suite de notre recherche iconographique, jusqu'à nos jours). Mais, au point où nous en sommes, nous devons arrêter notre progression, et même revenir en arrière pour étudier l'histoire de l'équitation chez les peuples sédentaires de l'Antiquité.