CHEVAUX DE FEU, expérimentations équestres

Jardineira, situation initiale (2003)

 

Voici copiée ici l'analyse de la situation initale que je fis lors du vrai démarrage du travail de Jardineira (cf. Méthodologie). Je l'ai eu au travail pendant six mois avant de faire une proposition d'achat, et rédiger cette analyse (voir le document original):

 

Les points forts à conserver

Mental :
Super gentille et respectueuse. Pas une once de révolte en elle.
Courageuse et allante (excellente impulsion naturelle, limite anormale...).
Hypersensible moralement et physiquement.

 

Les points qui nécessitent travail

Physique :
Musculature et locomotion totalement déficientes.

Mental :
Terrorisée par l'humain et surtout par le cavalier et le MORS, qu'elle craint.
Refuse, pour cette raison, de s'engager dans le mouvement en avant.
Entre facilement en état de stress prononcé.

 

Histoire du cheval

Quelle histoire sordide, dirait-on, a pu génénérer pareil tableau? Faut-il donc que les propriétaires eûssent été de parfaits et violents bouchers? Il n'en était rien.....
Les propriétaires étaient des gens doux et passionnés, de bon niveau équestre, qui avaient eu en charge plusieurs chevaux auparavant, avec lesquels tout c'était bien passé.

Et à vrai dire tout c'est bien passé: ils me racontèrent comment il avaient, par jeu, levé la main dans cette vente aux enchères pour cette adorable pouliche lusitanien de 18 mois. Comment ils avaient été un peu décus lorsqu'ils avaient vu la belle robe baie commencer à grisonner. Combien elle était gentille. La petite pouliche grandit couverte de bons soins, fut emmenée à la confirmation de son inscription au stud book sans problèmes et avec succès.

Ils me racontèrent ce fond étrange "sensible" qu'elle a toujours eu, et ces réactions bizarres... Prompte à entrer dans des transes de stress aux nouvelles demandes, puis à tout donner avec une étonnante disponibilité. Par exemple, comment la première leçon "donner les pieds" fut une catastrophe de réactions de panique, et le lendemain même, la pouliche donnait les quatre avec un calme sidérant.
Ce comportement "réaction catastrophique aux choses nouvelles", je l'ai moi aussi constaté à plusieurs reprises, et il ne s'atténue qu'au fil de sa maturité au travail.

Ils me racontèrent comment, pour son oreille (un absces étrange bénin mais inguérissable y siégait = fistule auriculaire), le véto opéra une chirurgie... Et la jument par la suite était debout au fond du box à la seule vue du praticien... Premier traumatisme.

Puis à quatre ans vint le temps du débourrage, qu'ils firent eux même, et se passa fort bien malgré ce "fond sensible". La jument accepta le harnachement, tourna en longe, accepta le cavalier, tout fut fait dans les règles et avec patience. Ceci fait ils la laissèrent au pré grandir tranquillement avant de reprendre le travail. Vinrent alors les premières scéances montées. La jument était très "vive" de réactions et les propriétaires s'inquiétèrent, pensèrent ne pas être à la hauteur... et confièrent le dressage à un professionnel, le moniteur du centre équestre.

Ce dernier ne vit pas, ou ne voulut pas prendre le temps de voir, que la jument avait des défisciences physiques. Il lui demanda ce que l'on a l'habitude de demander à un cheval en fin de débourrage - dressage sans se rendre compte qu'elle était physiquement INCAPABLE de faire des choses très simples comme tenir une allure (sans s'écrouler), ou effectuer une transition montante (sans se jeter éperdument en avant pour compenser la puissance physique dont elle manquait cruellement). Des défenses apparurent.
Un professionnel n'a pas de temps, et pour y pallier utilise parfois des artifices comme les enrênements. Comme elle était trop "haute" (encolure renversée par manque de tenue du dos et stress), il mit une paire de rène allemandes; comme elle se traversait furieusement et était impossible à canaliser, il mit un stick de dressage de chaque coté. Dans ce récit les propriétaires poussèrents alors un soupir: "en trois scéances elle était devenue comme ça....". Rétive. "Et on ne sait pas ce qui c'est passé aux scéances où nous étions absents... Mais il a du se passer quelque chose".
Il est probable que, ulcéré par la persistance et l'aggravation des problèmes, le moniteur a du perdre patiences quelques fois. Ce qui expliquerait le comportement de peur de la jument envers tout homme grand qui lui est inconnu, même encore trois ans plus loin. Second traumatisme.

Ils stoppèrent là le "dressage" et tentèrent de continuer à monter. Mais n'avaient ni le temps ni la technique nécessaire pour récupérer la situation. Ils utilisèrent un peu la jument, tentèrent un peu d'obstacle et de balade, mais tout était si difficile qu'ils arrêtèrent de la monter, elle fut déclarée "cheval d'ornement".
Trois ans plus tard, ils se résolurent tristement à vendre ce cheval gentil, mais avec lequel il était impossible d'avoir du plaisir à monter, la "jolie Jardineira", inutilisable.
Je cherchais à cette époque à acheter mon premier cheval et vis passer une annonce...

 

Visite & achat

C'était fin 2003. Je demandais à manipuler la jument à la longe, pour jauger, de loin, de son caractère et son physique.
Tournant autour de moi avec dilligence et énergie (voire même anormalement), je la vis, aux allures vives, s'écrouler de l'arrière main, comme si sa locomotion se "disloquait" toutes les 5 foulées........ Cela me laissa perplexe. Elle était par ailleurs d'une grande écoute, on sentait à distance une sensibilité d'écorchée vive. A l'arrêt, je lui demandais de ployer l'encolure pour juger de sa souplesse: elle était une barre à mine, tout son corps vint, incapable de flexion latérale. Surtout d'un coté. Gros problèmes physiques. Sur le plan mental par contre, je descelais une abscence totale d'agressivité ou de défense dangereuse, même dans ses moments de plus grande panique...
Je rentrais la jument et voulut prendre congé. Les propriétaires me proposèrent de la monter, car mes manipulations en liberté leur avaient plu. Je n'étais pas très chaude pour monter un cheval incapable de se porter lui même, mais ils insistèrent, "comme ca vous aurez tout vu" dirent-ils avec honnèteté. Je montais.
Outre le problème de "l'écroulement" (accentué par le portage du cavalier), la jument ne savait pas aligner deux foulées de pas. Dans une dose de stress évidente, nez encapuchonné au dernier degré dans le poitrail, cliquetant sur le mors, elle piétinait sur place, se traversait, paniquait au moindre attouchement, bloquée sur place, dans une terreur évidente du mors si elle osait s'engager en avant...
De toute évidence, petite jument stressée et peu puissante, on lui avait demandé trop tôt des choses qu'elle était incapable de donner, et elle s'était "brisée" sur elle même, froissée, repliée autant physiquement que mentalement.

Descendant sans rien dire la dame me dit: "vous cherchez un cheval avec beaucoup de travail à faire, n'est-ce pas...", et j'ai répondu... "oui... Mais à ce point? A sept ans, est-ce seulement récupérable?".
Nous prîmes congés avec des sentiments positifs réciproques. Je rentrais chez moi et oubliais la jument grise.
J'eus alors dans la foulée des soucis financiers, qui reportèrent mon projet d'achat de cheval à dans six mois. Je cessais les visites de chevaux à vendre.

Deux mois plus tard les propriétaires m'appelèrent, me demandant des nouvelles de mon projet. Je leur expliquai mon contretemps. Je leur demandai des nouvelles de la vente de la jument. Elle soupira: seuls étaient venus des inconscients qui voulaient faire du CSO à haute dose (et casser la jument), ou bien des irréalistes qui voulaient passer le galop 7 le lendemain avec Jardi sous pretexte qu'il y avait marqué "Lusitanien" dessus. Elle termina: soit je trouve quelqu'un pour la travailler, soit je la brade à quelqu'un comme vous.
Je n'avais alors pas de chevaux au travail. Je lui proposais de venir travailler la jument pendant l'hiver: moi je pratiquerai; elle, elle récupèrera au printemps peut être un cheval moins catastrophique à la vente; et pourquoi pas, cela me laissait éventuellement toute latidude d'essai pour voir si elle m'interesserait, voir si elle était récupérable...

Confiance réciproque. Je fis le trajet trois fois par semaine pendant presque six mois pour longer... Enlever le mors... Marcher... Marcher juste. Apprendre à marcher. Travailler en liberté. Faire un peu de muscle. S'écrouler un peu moins........... Trottiner un peu moins........ S'encapuchonner un peu moins..........
Et j'entr'aperçevais, semaine après semaine, un vague espoir, un léger moins pire, d'encourageantes qualités qui ne demandaient qu'à prendre le dessus sur la terreur et le stress.

 

Je ne me souviens plus vraiment ce qui m'a poussée à acheter un cheval aussi difficile, une cause aussi perdue, une bête avec des défisciences motrices si flagrantes. Je n'avais même pas remarquée qu'elle était belle: je le constatais bizarrement un an plus tard à cause de ce que me disaient les gens qui nous croisaient en promenade: "elle est belle". Je ne l'avais pas vu, pas vu consciemment en tout cas, cet aspect avait complètement été passé sous silence lors de ma décision.
En y réfléchissant bien, je crois que trois choses ont pesé dans la balance en sa faveur:

Je voulais un cheval sain de corps, gentil envers l'homme et avec de l'énergie: j'ai acheté Jardineira en disant "elle remplit le cahier des charges physique à même pas 50%, mais le cahier des charges mental à 200%".
En Avril 2004, je signais, les propriétaires montèrent Jardineira dans le van pour un voyage dont ils reviendraient à vide.
Je mis alors plus de deux mois à seulement attrapper Jardi dans la pâture, me demandant parfois si j'avais signé en bas du chèque pour le bon cheval, si je ne m'étais pas trompée... Tout était à refaire, une gigantesque réeducation pour effacer le passé.

J'avais trouvé ce que je cherchais sans le savoir: le cheval le plus difficile à dresser possible.
A postériori, à travers ses propriétaires qui l'aimaient tellement, je me demande si ce n'est pas Jardineira qui m'a choisie plutôt que l'inverse.

 

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Page du carnet www.chevaux-de-feu.net créée le 20/04/2005, dernière modification du 07/05/2008.