CHEVAUX DE FEU, expérimentations équestres

Jardineira, réeducation (2004-2006)

 

Jour de l'essai, le 20 Septembre 2003, Jardineira n'est alors qu'un cheval visité parmi tant d'autre (voir "Situation initiale, essai & visite d'achat"), la note dans mon carnet:

JARDINEIRA: très tonique & speed, mais s'encapuchonne +++ et allures de trotinette.

 

Découverte de la jument, analyse des défenses: une situation désespérée ou pas?

De Novembre 2003 à Avril 2004, j'aurai Jardineira au travail à l'essai, et mon but fut triple durant cette période:

Je n'ai donc pas fait de programme de travail et me suis laissée porter au fil de l'eau, essayant un peu tout ce qui me passait à l'esprit sur la petite jument stressée...

Durant cette période, je me déplaçais 3 fois par semaine aux Ecuries Brandeau (prox. Castillon la Bataille - 33) pour la travailler. Avec une heure de route aller et une retour, j'arrivais bien sûr de nuit sauf le weekend, et le travail fut donc pour une grande dominante en manège, à pied en longe, montée sur le plat exclusivement, et un début de travail d'initiation aux longues rènes.

Je montais souvent en parallèle avec souvent des cours de tout niveau, qui ont eu la gentillesse de parfois s'interrompre quelques instants pour laisser galoper "la fusée grise" comme ils l'appelaient :), et n'avais donc pas toujours la possibilité de détendre en longe avant le travail monté, ce que la jument aurait necessité de manière systématique.

Elle aurait également "demandé" un travail quotidien, ce qui ne m'était pas possible au vu du déplacement, mais on constatait bien, durant toute cette période et longtemps après, que la jument était moins 'bien" dans sa tête si elle n'avait pas travaillé la veille (modification flagrante du comportement, atténuation voire disparition des défenses...). Elle ne devenait sereine qu'après un long, doux travail dans les allures vives, comme droguée à l'action. Ce qui est encore observable aujourd'hui, même si sa gestion de son énergie s'est grandement améliorée (au bout de dix jours de mise au repos, on peut voir des signes d'inquiétude apparaître chez la jument), qu'elle était et est, métaboliquement, droguée aux endorphines, avec une demande en déplacement énorme, mais physiologique, puisque c'était déjà le cas sans entraînement...

Note du 21 Février 2003:
"L'ARRET DU TRAVAIL & LA CLAUSTRATION SONT CATASTROPHIQUES..."

 

Ecroulements, dislocations de l'arrière main.... "ataxie"?

La jument présentait donc, au début, toutes les 4-6 foulées aux allures vives, même sans cavalier, des sortes de "dislocations de l'arrière main", une curieuse désynchronisation des postérieurs avec affaissement brutal des l'arrière main (assez inquiétant à vivre en selle), allant parfois jusqu'à la chute de la jument au sol avec relèvement rapide, le tout ne durant que quelques secondes: la jument était visiblement experte dans le domaine de la chute, ces phénomènes étant très bien gérés dans leur récupération très rapide "au jus".
Mon hypothèse de départ fut d'interpréter cela comme un grave manque de puissance, faiblesse de toute la ligne de dos, due à la faible puissance originelle du lusitanien (qui compense souvent par du sang sa structure légère) et la consanguinité des souches de pure race (voir le papier de Jardineira).

Et donc, de cette hypothèse, je pris le parti d'explorer la voie, basique, de la musculation du jeune cheval:

En quelques séances de longe et de travail monté au pas, le phénomène tendait déjà à diminuer fortement. Les véritables et impressionnantes "chutes" disparurent très rapidement, en un mois, comme en témoignent mes notes (le travail a commencé le 20 Novembre 2003) concernant du travail monté:

23 Décembre 2003: "Galop presque normal !!! ......... Début musculature???"
29 Décembre 2003: "Hyper speed et se bat contre la main.......mais pour la deuxième fois, le galop semble bien plus assuré et plus fluide!!!"

Les phénomènes de dislocation, en Février (3 mois de travail à 3 jours/semaine) avaient totalement disparu. Restait dans certains moments de difficultés au galop des phénomènes de désynchronisation (les deux postérieurs venant faire la battue ensembles sous elle, comme la course d'un lapin), et longtemps demeura des galops désunis, qui ne disparurent qu'en 2005.
En 2007 le phénomène est rarissime, mais on peut encore voir sur des départs au galop sous exitation quelques unes de ces étranges battues postérieurs "de lapin", mal synchronisés, d'un galop dégénéré.

Il est à noter, que durant cette période initiale en hiver 2003, sur un galop en longe à main gauche, Jardi subit une de ces dislocations (pas plus violente que d'habitude), se récupère in extrémis d'une chute complète et se met à boiter bas: entorse bégnigne de l'intérieur du boulet de l'antérieur gauche.
En hiver 2006/2007, sur un cercle de détente montée à main gauche, elle trébuche, fait un faux mouvement et boite bas dans la seconde qui suit: la blessure est identique (vérification dans les carnets de notes).
Automne 2007, je la retrouve boiteuse dans le pré avec une blessure similaire, sans anomalie préalable au travail.
Son coté faible est bien sûr le gauche.
Ses déficiences motrices initiales, compensées par une hyper musculature, continueront donc de s'exprimer toute sa vie par une prédisposition à la blessure sur antérieur gauche, qui est celui qu'elle utilise le plus dans les maneuvres de récupération. Manoeuvres que le travail a rendues de plus en plus rarissimes, certes, mais qui ressortent parfois dans des circonstances particulières (départs violents, cercles à main gauche trop vite trop tôt dans l'échauffement).
De ces observations, même une fois la jument rééduquée, il me demeure des précautions au travail: détente toujours en premier à sa main "forte" (main droite), et d'autant plus longue qu'il fait froid et/ou que la jument est speed.

Des résultats obtenus, très encourageants (et qui m'amènent en Avril 2003 à faire une proposition d'achat, considérant cette anomalie de locomotion largement récupérable, avec beaucoup de travail, plus qu'un cheval normal certes, mais récupérable), on peut conclure que mon hypothèse de départ n'était pas mauvaise.


La longe et l'extérieur chez le jeune cheval: travail basique de musculation.
(Jardineira, Castillon la Bataille - 33, Décembre 2003, photo D. Lembeye)

Plusieurs années plus tard, alors que j'écume les forums internet, j'entend parler d'ataxie....
Jardineira, dans sa forme initiale, collerait tout à fait dans le tableau, d'autant que l'ostéopathe qu'on avait fait venir pour tenter d'avoir une explication au sujet des défenses diagnostica une "dissymétrie anormale de tout le coté gauche, vraissemblablement de naissance, partant d'Atlas et Axis (premières cervicales), et ayant des répercussions partout, même dans un blocage dissymétrique de la machoîre" de la jument.
Beaucoup de jeunes chevaux sont de nos jours qualifiés de cette pathologie, qui est en fait, à mon sens, un déficit de préparation musculaire du jeune cheval. Plus facile pour un véto de dire qu'il y a une pathologie que d'asséner vertement au cavalier qu'il ne sait pas travailler correctement son jeune cheval.................................................. Exception faite de cas extrêmes de sujets pathologiques ayant la moelle épinière rééllement comprimée (suite à un trauma souvent), personnellement cette histoire d'ataxie sur les cas "légers" est du bidon, et ne reflète qu'à la fois le non sens des éleveurs à produire des chevaux sains et non consanguin (qui est leur boulot), l'inaptitudes des cavaliers à travailler leur cheval de manière rationelle (qui est leur boulot!), et l'hypocrisie des vétos pour qui il est financièrement si pratique de coller une pathologie sur un cheval qui s'en passerait bien (leur boulot c'est quoi déja??? MDR!!)...
Avis à tous les possesseurs de chevaux "ataxiques" aux stades légers: vous feriez mieux de partir marcher dehors et d'écouter votre cheval au lieu de gober tout ce qu'on vous dit...

 

Le stress, la peur & les défenses....

En situation initiale la jument était extrêmement craintive, sans explosion cependant, le stress mettant immédiatement en place chez elle une "statufication" (jument immobile, figée haut), ou dans le mouvement de la fuite ou de l'autodestruction dans le sur place.... On avait donc des alternances, dans les manipulations à pied au pansage, d'une jument figée en statue (tentant de se fondre dans le mur du box lorsqu'on entrait), de rares mouvements paniques (lorsqu'on essayait de passer les rênes par dessus l'encolure, à mettre en parallèle avec son opération de l'oreille et d'éventuels coups reçus sur la tête; lorsque l'on bougeait bras ou jambe sur son dos fuite immédiate...), et de fréquentes défenses (encapuchonnement et piétinement désordonné et frénétique étant le plus fréquent, mais également traversement et une seule fois tout à fait rare un cabrer).
Toutes ses défenses disparaissaient à 90% lors d'un travail en longe ou en liberté, sans enrênement. Les deux dénominateurs communs des défenses étaient donc visiblement:

Le travail, qu'il fut à pied ou monté, visa donc à dédramatiser le cavalier et le mors, et valoriser le mouvement en avant, avec en vrac:


Dédramatiser doucement l'humain à pied: ici, en longe, je demande à la jument sur vocal "devant" de marcher devant moi,
afin de l'habituer à ma présence à sa hanche, loin, près, puis de plus en plus derrière à la limite de son champ de vision,
dans le calme: petit exercice tout bête, mais préparatoire aux longues rènes où elle aura à accepter ma disparition en confiance.
(Jardineira, Castillon la Bataille - 33, Décembre 2003, photo D. Lembeye)

  • Troqué le mors de filet à aiguilles contre un mors de filet simple mais trop grand (légère diminution des défenses), puis troqué contre un mors de 115 à la bonne taille (diminution très nette des défenses), puis enfin adjonction de deux anneaux latéraux à mon caveçon un anneau, disposé sous un filet sans muserolle, et travail sur les rènes de caveçon exclusivement, rènes de filet enlevées dans un premier temps, puis pendantes ballotantes, puis légèrement ajustées: disparition de l'encapuchonnement....

    Ce "caveçon bride" de bricolage sera ensuite remplacé par le "caveçon bride" commercialisé par Jean Louis Palacin, Sellerie Andalucia, qui depuis a malheureusement cessé son activité.

Ci contre: détail du caveçon bride Sellerie Andalucia, permettant de travailler au choix sur le caveçon, le filet, ou les deux. A été l'outil de choix de la rééducation de Jardineira, afin de laisser la présence inerte du mors dans la bouche pour le dédramatiser.
(photo F. Bertry)

 

...La jument, enfin "libre" physiquement et psychologiquement, se met "haut", presque à l'envers, en position de stress et de fuite, position dont elle ne sortira que graduellement avec la disparition de ce dernier, le stress... Il faudra plus d'un an de travail sans contrainte, en acceptant cette "anti-attitude" et des vitesses insensées, pour voir, avec l'apparition de la confiance et la sérénité, la jument commencer à travailler avec un port de tête normal.


J'ai été largement critiquée pour avoir si longtemps travaillé un cheval "à l'envers" (avec hypertrophie du muscle inférieur de l'encolure, etc...), et des allures aussi erratiques, mais je suis restée de glace, persuadée que c'était ça ou des défenses, l'attitude de travail n'étant à mon sens pas une priorité sur un tel cheval pourri de rétivité: à quoi leur avait servi, ces gens (le dresseur), un cheval placé en rènes allemandes dans une attitude "juste", mais s'autodétruisant sur place, incapable d'aligner deux foulées de pas? Avant de travailler sur l'attitude, on doit avoir un cheval "en avant, calme, droit", avec un contact léger et moelleux main/bouche, et Jardineira mit un à deux ans avant de remplir réellement ce cahier des charges techniques................

A l'envers où comme elle le voudra, une seule priorité pour moi: devant, et tendre vers la disparition du stress, d'où qu'il provienne..................

 

Achat & découverte d'une autre défense: le problème du rappel en pâture!

 

 

Eté 2004 à Sauviac: le début du travail structuré

musculation en extérieur

pb de la franchise et du courage en extérieur
(voir séance de travail sur le plat en prairie de fauche de Juillet 2004)