CHEVAUX DE FEU, expérimentations équestres

La boiterie de Jardineira, syndrome naviculaire & deferrage thérapeutique

 

Descriptif détaillé de l'historique de la boiterie: comment elle est survenue "à la fois brutalement d'un inconfort léger suite à une ferrure, et insidieusement en aggravation vers la boiterie", les diagnostics et interprétations du processus; le choix thérapeutique enfin. Son résultat: extrêmement positif...!

Un déclenchement brutal lié à une ferrure...
Six mois de lente aggravation vers le syndrome naviculaire
"Go barefoot", tout est question d'irrigation sanguine du pied
La création d'un "pied bot": l'encatelure
Une transition pleine d'enseignements
... Et Jardineira miraculée!
En résumé: hypothèses concernant le processus de la pathologie
En résumé: les observations essentielles de la transition (déferrage thérapeutique)
En résumé: questions et sujets d'expérimentation...

 

Un déclenchement brutal lié à une ferrure, sous la forme subtile d'un inconfort.

Printemps 2005, Jardineira a huit ans et est ferrée depuis le début de sa mise au travail, c'est à dire presque deux ans. Jusque là, aucun problème apparent.

Au cours d'une balade un peu musclée, elle déferre d'un antérieur. Intervention maréchal, re-déferrage du même pied, trois fois de suite. La jument, qui forgeait assez par moment, engage beaucoup et vient accrocher les éponges des fers antérieurs avec la pince des fers postérieurs.
Au referrage, le pied est abimé (corne arrachée), et le maréchal est obligé de brocher haut, en serrant fort. Il décide également de changer plusieurs caractéristiques de ferrure, pour tenter d'éviter les déferrages:
- fers antérieurs moins couvrants, pour donner moins de surface à "prendre"
- éponges des fers antérieurs travaillées pour faire disparaitre encore plus la partie d'accroche
- fers postérieurs avec une taille supplémentaire, pour freiner l'engagement des postérieurs, les faire venir au contact du sol plus tôt, et donc éviter qu'ils attrappent les antérieurs.
dans les minutes qui suivent le ferrage, la jument, sans pour autant boiter, montre de l'inconfort... On attribue cela, le maréchal et moi, à un pied un peu serré par le brochage haut ou bien parage un peu court (elle marche "sur des oeufs"). Et nous décidons d'attendre voir comment évolue le vieillissement de la ferrure.

Avec le vieillissement, le doute n'est plus possible: la situation s'aggrave au lieu de s'estomper: d'un léger inconfort, la jument n'est pas franchement boiteuse, mais par intermittence n'est pas carrée.
Referrage en urgence, on décide de revenir à la ferrure précédente, puisque celle ci ne semble pas convenir: on remet une couverture normale devant, éponges travaillées, mais il conserve (malgré ma demande) la taille en plus aux postérieurs, disant que cela ne peut être la cause de l'inconfort.
Confusément, de mon ressenti, cette ferrure "taille en plus" aux postérieurs, ne me plait pas du tout, car elle agit tout de même directement sur la locomotion naturelle de la jument. Mais c'est lui qui a les clefs techniques et je lui fais confiance.

 

Six mois de lente aggravation vers... le syndrome naviculaire.

Deux-trois ferrures passent, où je laisse le soin à mon maréchal de gérer ce problème qui me dépasse techniquement.
Au cours de l'été, je pars en rando, moitié espérant, moitié inquiète: je me dis que si une maladie naviculaire a été mise en route, sur les 250 bornes prévues à 45 km/jour, soit la jument en sort impeccable et ces irrégularités ne sont que venues de mon imagination, soit elle déclenche une vraie boiterie qui me fera tout arrêter dans la seconde. 250 km plus loin, nous arrivons à bon port, en bon état, mon inquiétude soulagée.
Mais il s'agit d'un faux soulagement: je le comprendrais plus tard, mais en fait les kilomètres parcourus, loin d'aggraver l'inflammation, ont par drainage au contraire permi de la juguler... Un peu après la rando, je perçois à nouveau des irrégularités..........

On est en automne 2005. Je vois confusément et avec tristesse ma petite amie, son allant perdu, irrégulière, buter de plus en plus, bien que cela demeure extrêmement discret (rares sont les autres personnes que moi qui parviennent à percevoir l'irrégularité), elle n'est plus Jardineira pleine de feu, métronome. Je suis anxieusement à l'écoute de tous ces menus couacs d'allure. Et pourtant elle travaille toujours aussi bien.
Je prends la décision de profiter de la visite véto de fin d'année pour demander un bilan locomoteur, en décembre prochain, et continue le travail.
Premier CCE club et la jument est extraordinaire... mais bancale le lendemain...!! Et cela s'estompe doucement... Je m'inquiète de nouveau franchement et conforte ma décision d'un bilan exaustif. Deux semaines plus tard, cours de dressage avec Jean Louis Palacin, la jument est impeccable. Pour la première fois, devant les progrès de la jument, pour voir son comportement sous sa selle et m'expliquer un exercice que je demande mal, il monte sur Jardineira... Au bout de 5 minutes de travail au pas, il lève subitement la tête vers moi et me dit: "Mais elle boite...?!". La dizaine de personnes de l'assistance et moi même nous usons les yeux pour déceler ce qu'il a senti: une subtile boiterie de l'antérieur gauche, qui dix minutes auparavant était totalement invisible sous ma selle (donc aggravée par le changement de poids du cavalier). Jean Louis descend et mentionne, de son senti, une boiterie antérieur gauche, venant de très haut, peut être même complètement de derrière..... (je pense à la taille en plus des fers postérieurs...). Il me dit doucement: "fais quelque chose, vite, ou tu n'auras bientôt plus de cheval, juste à la rigueur une poulinière".
Ce fut comme un électrochoc, la parole de cet homme qui avait eu tant de chevaux sous sa selle qu'il avait pu sentir en deux minutes une boiterie que personne ne voyait. Mon maréchal est en échec depuis six mois, il faut que je prenne en main la situation, et vite. Et cela n'attendra pas décembre.

Le lendemain même rdv véto avec le Dr Croquenois pour la totale: tests locomoteurs et radios.
- examen visuel = pied antérieur gauche semble légèrement atrophié
- test marche rectiligne sur du dur = pas de boiterie.
- test trot rectiligne sur du dur = pas de boiterie.
- test de flexion + départ trot = pas de boiterie.
...Mais on note que globalement la jument va chercher le sol pince en premier...
- test marche cercle très serré autour de moi aux deux mains = décèle irrégularité (raccourcissement de la foulée de l'antérieur gauche)
- test trot sur cercle très serré autour de moi aux deux mains = forte boiterie de l'antérieur gauche +++
- test de la planche = non significatif, la jument ne se soustrait pas mais "s'assoit" sur les postérieurs en tremblant, montrant un inconfort certain, et le pied glisse de la planche avant la fin du test (planche 45 degrés).
- radios = aucune atteinte osseuse visible.
radiographie vue postérieure radiographie profil

Le véto diagnostique une maladie naviculaire, un "syndrome naviculaire" à un stade précoce, avec atteinte plus forte de l'antérieur droit, mais présent sur les deux antérieurs (démarche globale inconfortable rasante, avec poser préférentiel en pince), sans atteinte osseuse pour l'instant.
Il préconise une ferrure orthopédique en oeuf, recours palliatif sans garantie d'efficacité, évolution de la maladie très variable suivant les chevaux. Il ne faut en tout cas pas cesser le travail, le repos pouvant, par moins bonne irrigation du pied, faire plus de dégâts sur ce processus inflammatoire que de bien.

D'instinct, puisque le problème avait surgi d'une ferrure, je lui demande si l'on ne pourrait au contraire tout enlever, et laisser Jardi reprendre ses droits sur sa mécanique et son organisme. Le véto me regarde à peine surpris et dit quelque chose comme: "Deferrer un cheval au travail, on le propose rarement car c'est quelque chose de très difficile à faire, il faut accepter d'avoir pendant un an un cheval qui n'est pas bien, inconfortable et irrégulier, mais c'est peut être LE MEILLEUR CHOIX THERAPEUTIQUE."

 

"Go Barefoot", tout est question d'irrigation sanguine du pied

"...C'est peut être le meilleur choix thérapeutique..."
Mon instinct renforcé par cette parole, le lendemain je déferre Jardi, et me rue sur internet pour une semaine non-stop de recherches bibliographiques sur le syndrome naviculaire (cause, traitement, évolution) et le déferrage des chevaux, le travail des chevaux non ferrés.
Outre les confirmations sur le processus inflammatoire qui est en jeu (pouvant être déclenché par une ferrure inadaptée), son absence de traitement valable, je tombe dans mes recherches sur le mouvement "Cheval sans fers" des pareurs dit "naturels". J'y trouve autant de grands principes de base qui m'ont éclairée, soutenue, on renforcé et guidé mon deferrage, comme la notion de différence d'irrigation du pied ferré et non ferré, la notion de transition, et celle d'encastelure bien connue mais qui prenait soudainement un nouvel éclairage, que de préconisations stéréotypées et/ou qui me paraissent bien loin de l'essentiel (les angles de parage, les pédiluves indispensables, etc.).
Vous trouverez donc en page "Principes du pieds nus", non pas une reprise systématique des principes des différentes méthodes de parage naturel, mais la vision personelle et critique qui a guidé le déferrage de Jardineira, avec des parages classiques effectués par mon maréchal.

 

...Et la création d'un "pied bot": l'encastelure....

Dans la semaine, Jardineira passe également dans les mains du Dr Pommier, Ostéopathe équin. Ce dernier trouve que la jument tente de toute évidence de soulager ses pieds antérieurs (surtout le gauche qu'elle a de plus faible) en enlevant le plus de poids possible, et qui dit moins de poids dit moins bonne irrigation du pied et également déformation du pied, puisque la pousse de la boite cornée est intimement liée à la qualité des "stimulations" (chocs au sol) qu'elle recoit. Il dit clairement qu'elle est en train de "construire un pied bot" de toute pièce! La discussion qui suivit fut simple et efficace (j'espère ne pas trop me tromper en en rapportant la dernière partie technique pointue):
- "Cause ou conséquence? lui ai-je demandé.
- Conséquence, répond-til sans hésiter.
- Conséquence de quoi?
- Ferrure inadaptée. (je lui avais donné l'historique de la boiterie)
- Quelle est la ferrure en cause, la moindre couverture des fers antérieurs ou la taille en plus des fers postérieurs?
- La taille en plus derrière, dit il sans hésiter une seconde: tout ce que je trouve vient de derrière; lorsque les pieds viennent au sol prématurément, sur ce cheval, elle n'a pas une amplitude de mobilité naturelle du garrot suffisante pour compenser le choc, et l'onde se répercute dans le garrot, créant une douleur qu'elle essaye de soulager en se vrillant de son coté le moins fragile, le coté droit: elle déclenche boiterie et crée un pied bot à gauche, avec une méga contracture du dorsal gauche.
... Cette jument, c'est un peu une voiture italienne, finit il ainsi: on loupe un réglage, et plus rien ne fonctionne..."
Lui aussi, à ma demande d'un avis critique sur mon choix de déferrer, m'encourage dans ce choix, s'annonce très optimiste.

En y repensant, à cette histoire de pied bot de l'ostéopathe, pied atrophié du véto, encastelure mentionnée par le mouvement "cheval sans fers", je me rappelle que lors de toutes premières ferrures il y a deux ans, je pouvais aisément passer le cure pied dans les lacunes latérales entre la fouchette et les éponges du fer, alors que cela est devenu difficile. Le pied actuel de Jardi ne serait donc effectivement plus le même que son pied initial (non ferré pendant 7 ans). Sachant que la maladie naviculaire se déclare généralement chez des chevaux de 5-7 ans et non chez des chevaux de 9 ans comme Jardineira, n'y aurait il pas un parallèle à faire entre début du travail, et donc premières ferrures (à 4-5 ans normalement, à 7 ans chez Jardi), et apparition d'une pathologie deux ans plus tard (en décalé "anormal" chez Jardi), qui laisse juste le temps......... d'une déformation lente de la boite cornée chez certains sujets, qui ouvre la porte à une mauvaise irrigation et une inflammation du pied, les éléments du pieds ne se retrouvant plus dans leur positionnement normal (montée des barres à un endroit inhabituel qui cause traumatisme et inflammation auto-entretenue)?

Quand je donne le rapport de toutes ses investigations à mon maréchal, outre le désolement de savoir la jument "naviculaire", il entend l'hypothèse de la ferrure déclenchante sans totalement y adhérer, mais m'informe sans problème qu'effectivement, il avait vu les pieds de Jardineira devenir "de plus en plus difficiles à ferrer", et se demandait comment gérer la ferrure de ce cheval qui lui demandait une escalade technique à chaque fois. Les pièces du puzzle s'assemblent...mes observations, les diagnostics des spécialistes et mes investigations bibliographiques commencent à se recouper...
J'expose à mon maréchal mon projet de déferrage thérapeutique, mes découvertes biblio sur le travail des chevaux sans fers et/ou en transition, les hipposandales: il acquiesce, ne souhaitant lui non plus pas se lancer sur une hasardeuse ferrure en oeuf sur un tel cheval, accepte de lire les sources biblio des "pareurs naturels" (j'ai la chance d'avoir un maréchal bilingue anglais, et donc de pouvoir lui soumettre les textes originaux), et de les passer au crible de son propre savoir, et de m'accompagner dans cette "barefoot adventure"... pour tenter de sauver Jardineira...

Nous étions en Novembre 2005. Maréchal, véto, ostéo et propriétaire prêts à expérimenter...

 

Une transition pleine d'enseignements

Lors des premiers temps de la transition, et après l'intervention de l'ostéopathe, la jument était si boiteuse que j'ai réellement rechigné à continuer le travail à l'identique comme conseillé par le véto: je tentais d'alléger les scéances le plus possible, en ne travaillant qu 'à pied (longe et liberté) ou juste des balades au pas ou en main... Je n'ai pu m'empécher, la voyant si pitoyable et ayant un chantier en cours qui me prenait beaucoup de temps, d'en profiter pour la mettre un peu au repos. Il n'y eut aucune amélioration de son état.

Le chantier fini, le repos n'ayant rien fait, je repris le travail "comme avant", malgré son évident inconfort (irrégulière, faisant des mouvements de réequilibration avec l'encolure pour se soulager, travail sur deux pistes lui étant pénible), et de désespoir de voir ma partenaire si mal en point, chaussais les hipposandales pour au moins, aller dehors changer d'air. A la première vraie balade je vis un léger mieux... Cela m'interpella, d'autant que le forum "Cheval sans fer" mentionnait les bienfaits des balades sur le bitume dans de tels cas...
Je réitérais, sans sandales puisque la corne avait poussé: au retour de balade, c'était flagrant, la jument allait mieux, moins irrégulière, plus allante..... Elle avait recherché le bitume tout le temps... Et il en fut ainsi à répétition: nette amélioration après chaque balade! Je m'orientais donc sur une dominante extérieur, l'abrasion des pieds par le bitume semblant la soulager, jusqu'à ce qu'elle devint sensible à marcher sur des oeufs: pieds trop courts. Je rencontrais ses limites d'usure. Il apparut qu'avec deux sorties extérieur par semaine (environ 10-15 km trois allures), si j'en faisait une sur deux avec les Easyboots la pousse parvenait tout juste à compenser l'usure. Et encore fallait-il faire attention.

La jument redevint carrée, allait à nouveau chercher le sol en talon!!
En janvier 2006 Je tentais un entrainement d'obstacles, très léger, pour voir: légère dégradation constatée le lendemain: le poser du pied n'a plus la même qualité. Je bannis donc tout saut jusqu'à nouvel ordre (c'était la première tentative depuis le CCE de septembre 2005).
Dans la foulée, comme les préconisations des "pareurs naturels" semblent bonnes (cf. le bitume), je demande à mon maréchal de tenter les "opening cuts", les tailles d'ouverture sur pieds encastelés pratiqués par ces derniers, pour voir. 48 heures plus tard, la jument peut à peine marcher, et boite bas de l'antérieur gauche.......... En une manip nous avons recréé une pathologie qui avait mis six mois à se mettre en place!!!
Je suis mortifiée d'avoir fait subir à Jardi un tel bond en arrière, mais galvanisée par cette découverte: si on a réussi à recréer à l'identique, c'est que le noeud du problème se trouve exactement là où l'on est intervenus: les barres resserrés en talon, l'ENCASTELURE, c'est confirmé, c'est bien l'origine de la pathologie!!

Je prend la ferme décision de ne plus rien tenter d'artificiel, plus aucune intervention sur son corps ou ses pieds (ostéopathe ou parage); cette expérience confirme ma critique du système "parage naturel": comment peut on qualifier de naturel une méthode où l'homme intervient toutes les deux semaines??? Et réduire tous les pieds à des angles identiques? Et forcer la main d'un processus (la réouverture du pied) qui se fera doucement et simplement au cours du travail normal, sur un pied correctement stimulé par les chocs des allures (irrigation sanguine + stimulation de la pousse + abrasion des parties déformées)?
Je constate, sur la boite cornée, une nette ligne noire qui marque le moment du déferrage, en novembre dernier, et prend la décision d'accepter que Jardineira soit bancale tant que cette ligne n'aura pas atteind le sol, au bout d'un an: le temps de la repousse totale de la boite cornée. Et pendant tout ce temps, de ne plus rien tenter.
Jardi sera donc parée lorsque nécessaire, en parage classique, et travaillée quotidiennement sur tous sols. Seul son état au bout de la transition permettra de dire de manière ferme que la boiterie a été vaincue ou non. En attendant je devrai accepter de la voir aller et venir entre légers mieux et moins bien...

Nous reprenons donc tout doucement les balades, en hipposandales d'abord qui semblent la soulager de notre intervention, puis comme avant.
Un mois plus tard, la jument a restauré son appui déformé encore mais plus confortable que le "opening cuts", et redevient quasi normale, subsitent juste quelques signes difficilement perceptibles, ponctuels, liés à l'usure ou à l'inactivité (après deux jours de repos, elle est moins bien qu'en travail quotidien... cf. irrigation du pied).

 

Et Jardineira miraculée...

A ce jour, printemps 2006, après six mois de déferrage thérapeutique, je considère Jardineira comme quasi miraculée: aérienne et sereine, régulière comme un métronome, je retrouve la jument "d'avant".

J'appelle régulièrement mon maréchal pour un parage/vérification des aplombs, mais la derniere fois il n'a rien trouvé à y faire: usure due au travail 5 jours/7 jugulée lorsque nécessaire avec les hipposandales (que j'ai de moins en moins besoin de mettre: la boite cornée qui est en train de se mettre en place est non seulement non déformée, mais bien plus résistante), aplombs corrects. La jument n'a pas vu une rape depuis plus de douze semaines.................. 100% "naturel" lié à l'intensité du travail qui n'a rien lui non plus de naturel.......!!! Ne s'agit -il pas ici plutot d'un "parage de travail" ? ;)
Après une ou deux tentatives d'entrainement obstacle, qui n'ont pas entrainé de conséquences négatives à présent, nous avons recommencé la compétition, toujours pieds nus. Jardineira vient de rentrer de Biarritz avec une médaille d'argent de seconde place au Championnat Régional de hunter, et c'est surtout une incroyable victoire contre le syndrome naviculaire.

La ligne noire sur les sabots descend doucement: elle est à la moitié de la boite cornée. Jardi et moi même piaffons d'impatience de la voir toucher le sol: seulement à ce moment là nous pourrons répondre aux deux questions qui m'interessent à présent...
- Jardineira est-elle définitivement sauvée, le processus d'inflammation enrayé et le sabot restaurée à un état fonctionnel et normal?
- l'absence totale de fers est-elle compatible (une fois le processus de transition consommé) avec l'intensité du travail et l'engagement physique qui est demandé à mes chevaux?
L'acquisition de Victoire, que je vais laisser déferrée et qui est, elle, dotée d'un pied fonctionnel, sera également un deuxième sujet d'expérimentation pour répondre à cette dernière question.

 

En résumé...

Les hypothèses concernant le processus de la pathologie (à mettre en parallèle avec "Principes du pied nu"):

Pieds de corne dure prédisposés à l'encastelure: fermeture progressive du pied en talon générée par la ferrure
Déformation du pied, avec montée et déplacement des barres, crée inflammation des tissus et douleur en talon
Les ferrures sont de plus en plus difficiles à poser et à tenir, locomotion moins brillante
Aggravation brutale par une ferrure inadaptée qui augmente l'inconfort,
génère locomotion altérée pour soulager, et diminue encore la stimulation du pied, qui se déforme encore plus
Déclenchement de la boiterie
 
Déformation - Mauvaise irrigation sanguine - inflammation
sont étroitement liés
 
Probable évolution si on laisse avancer le processus, et/ou pas de détection de l'inconfort:
Aggravation de la déformation, autoentretien de l'inflammation, persistance de la mauvaise irrigation
Surinflammation, nécrose et ou dégradation des tissus environnants de la zone postérieure du pied
"Véritable" maladie naviculaire, avec atteinte osseuse, et/ou tendineuse
 

La ferrure orthopédique en oeuf, dans le meilleur des cas, freine ou stabilise le processus,
sans s'attaquer à son origine et sans briser le cercle vicieux irrigation déficiente/inflammation

... ce qui explique pourquoi certains chevaux se stabilisent et d'autres continuent à se dégrader...
(suivant les qualités de "jugulation" du processus de la ferrure mise en place)

 

Les observations essentielles de la transition (déferrage thérapeutique):

Pour reprendre la parole d'or du véto:

Dans le cas d'un syndrome naviculaire,
le déferrage est une option thérapeutique difficile et longue à mettre en place,
surtout sur des chevaux qui travaillent (compétition),
mais qui est peut être la meilleure.

Il faut accepter d'avoir un cheval "mal" pendant un an,
le temps de la repousse complète d'une nouvelle boite cornée (non déformée).
Le repos n'a été source d'aucune amélioration, au contraire...
Les marches prolongées sur le bitume, elles, ont été la source de nettes améliorations, soulagement du cheval.
En travail intensif et extérieur, pendant la période de transition,
la corne n'est pas suffisamment solide pour compenser l'usure
(il s'agit de la corne construite "avec fers", et donc de moins bonne qualité),
l'usage d'hipposandales peut donc permettre le maintien de l'intensité du travail.
 
La qualité de la corne générée (et sa solidité) est intimement liée à l'irrigation du pied.
L'irrigation du pied est stimulée par les chocs:
Plus le cheval travaille/se deplace lors de la transition, plus résistante sera la corne
...et plus rapide sera la transition...

 

Les questions qui demeurent, et seront le sujet d'expérimentations:

?
La pousse de la corne générée à l'issue de la transition
sera-t'elle compatible avec une activité sportive soutenue
?
Travail 5 à 6 jours/7, dont 2 extérieurs hebdomadaires de 15 km mini aux trois allures
Randonnées de 40 km /jour.
Compétition.