CHEVAUX DE FEU, expérimentations équestres

Gestion du pied nu

A départ J-30, je me penche sur la gestion du pied nu au cours du voyage... En effet tout mon instinct me pousse à ne pas ferrer mes chevaux pour ce voyage de mille kilomètres, afin justement de trouver ou de repousser doucement les limites non pas "du" pied non ferré, mais de LEUR pied non ferré, à chacune des deux juments: très différentes chacune en pousse et qualité de la corne, historique du pied, sensibilité...
Rien à prouver donc pour moi à ce sujet mais tout à découvrir: quel kilométrage sans fers pour quel cheval sur quels terrains?

Choix techniques concernant la ferrure
Conséquences sur la gestion des terrains, allures & distances
Matériel nécessaire, paquetage
Précautions avant le départ

 

Choix techniques concernant la ferrure

Tout au long de l'année mes deux juments travaillent sans fers.
Il s'agit au départ d'une nécessité, la jument Jardineira ayant développé un syndrome naviculaire suite à trois ans de ferrure, et a été sauvée, la pathologie totalement évincée grâce à un déferrage thérapeutique. Devant cette remise en question éloquente de la ferrure, je décidais, par choix délibéré, de ne plus ferrer aucun de mes chevaux avec pour objectif de tenter de toucher les limites d'utilisations que cela peut impliquer.

Dans le travail régulier, trois a cinq fois par semaine en manège, carrière et extérieur dont cailloux et routes bitumées, sur un cheval qui a consommé sa "transition" (plus d'un an au travail, déferré), les limites sont tout à fait anecdotiques: les inconvénients du pied nus sont assez similaires à celles d'une ferrure. C'est à dire que là où sur une ferrure on surveille l'état d'usure et de fixation du fer, ainsi que la longueur du pied, sur un pied sans fer au travail, on surveille le degré d'usure de la paroi et le comportement du cheval vis à vis des surfaces. Cette usure, si elle devient excessive par rapport à la pousse (cheval qui "marche sur des oeufs"), est aisément régulée par l'utilisation d'hipposandales, jusqu'à ce que le cheval retrouve son assurance (2-3 jours de pousse protégée suffisent souvent).
Je n'ai donc pas décelé d'inconvénients insurmontables, et par contre beaucoup d'avantages:

  • pas de souci de déferrer ou devoir appeler le maréchal en urgence
  • pas de souci lors du mélange de chevaux inconnus dans un paddock, et de fil en aiguille les juments ont largement gagné en "sociabilité"
  • aspect économique non négligeable de remplacer un couteux ferrage par des parages plus fréquents, dont une partie peu éventuellement être assurée par le cavalier
  • pas de souci d'atteinte au travail sur les chevaux qui forgent ou se touchent
  • pas de dégradation de la mécanique et la physiologie du pied

Je précise que mes chevaux sont suivis en parage par mon maréchal "classique", et en aucun cas sous la technique des parages dits "naturels", lesquels ne m'ont pour l'instant pas encore convaincue et necessitent une étude plus approfondie et expérimentations de ma part.
Pour l'instant je souhaite aller jusqu'au bout de la démarche "faire confiance à mon instinct"; et "laisser faire mon maréchal".
Je suis pour l'instant extrêmement satisfaite de cette formule, qui a permise la récupération INTEGRALE de la jument naviculaire en moins de deux ans.

Par contre, concernant le projet GR10, il s'agit d'une utilisation soutenue de 30km/jour en terrain rocheux et routes, sur un à deux mois... De mes observations, je doute fortement qu'il soit possible de partir sans un dispositif de protection du pied contre l'usure:

"Rares sont les régions où les chevaux peuvent aller sans fers.
Introuvables sont les chevaux qui peuvent travailler pieds nus sur tous types de terrains."
(BRAGER, 1995)

Ci cette citation peut être mise en doute dans le cas du cheval de loisirs, elle reste je pense difficilement contournable dans le cas du cheval de longues distances.
Plusieurs choix techniques concernant la gestion du pied s'offrent alors à moi:

"(Voyager sans fers)... c'est la meilleure méthode pour garder les pieds en bonne santé. Il suffit de contrôler régulièrement les aplombs, d'arrondir à la râpe le bord de la paroi afin d''eviter qu'elle ne se dérobe, de choisir son terrain... et de se tenir prêt à referrer dès qu'un cheval devient sensible." (BRAGER, 1995)

...ou d'être prêt à dégainer les hipposandales ;) !!

 

Conséquences sur la gestion des terrains, allures & distances

Chaque matin, en fonction de l'étape à venir (kilométrage "bitume" et/ou "cailloux") et de l'état d'usure des pieds, décider ou non de chausser les hipposandales pour la journée.
Ne pas hésiter à effectuer des étapes difficiles sans protection en "test". Si les juments ne montrent pas d'inconfort ou de retenue le jour même, reitérer le lendemain pour voir il il y a dégradation ou amélioration de la sensibilité: il faut parvenir à jongler entre la régulation de l'usure (protection) et l'endurcissement des pieds (stimulation): seule l'observation des comportements peut permettre de choisir la bonne option.

Sur une étape sans hipposandales: distance faible, capacité de franchissement des zones difficiles

Sur une étape avec hipposandales: distance longue et/ou présence de bitume et pistes gravées, éviter les étapes à franchissement rocheux à cause de la moindre adhérence.

Une citation de BRAGER, 1995, m'interpelle néanmoins, au sujet de la gestion du cheval de voyage sans fers et des allures:

"L'allure de base est le pas, allure qui use le plus au kilomètre parcouru, quel que soit le terrain."
> à voir et expérimenter???
Aurait-on donc intérêt à couvrir le plus de kilomètres possibles à l'allure du "jog", le petit trot chaloupé des westerners?

 

Deux gros avantages pratiques à ce choix technique un peu complexe à mettre en oeuvre au quotidien:

 

Matériel nécessaire, paquetage

La "trousse de maréchalerie" sera donc réduite à sa plus simple expression :

Par contre, un kit d'hipposandales pour chaque jument doit être très facilement accessible dans le paquetage:

Ce kit sera mis dans le "boudin à matériel" situé à l'arrière du bât léger.

 

Précautions avant le départ

Les juments seront parées de frais par mon maréchal début Juin, soit deux semaines avant le départ, ce qui laisse le temps de constituer un "capital corne" prêt à user, sans partir avec une corne déjà trop longue qui ne manquerait pas de faire exploser les parois rapidement.

S'assurer d'avoir sur soi tous les éléments permettant la commande rapide d'hipposandales neuves ou de câbles auprès de Anouk Nathan (mesures du pied par un mètre de couturière, tournevis necessaires à la réparation, montant et ordre du chèque, coordonnées complètes aisni que celles du gîte situé sur le trajet où envoyer les boots).

... Et ensuite.... ben... apprendre à gérer entre observations, expériences, distance & terrains!!

 

Page du carnet www.chevaux-de-feu.net créé le 21/03/2007, dernière modification du 07/01/2008.