31 Octobre 2006, Jardineira
Découverte du cadre de traction
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Objectif de la séance: Cheval acceptant dans le plus grand calme des manipulations du cadre de traction autour de lui. |
Intro sur le mental du cheval
Jardineira, mon cheval le plus avancé dans son dressage,
était autrefois un cheval rétif qui, en plus d'un fond "sensible",
a probablement été malmené: elle émet facilement
des comportements d'inquiétude et de retrait physique si on l'approche
avec un objet volumineux en main (comme une fourche), ne se laisse pas facilement
approcher ou attrapper par des hommes grands, profil correspondant probablement
à son "histoire négative" avec l'homme.
Or les cadres de traction sont composés de tubes noirs plastique de plus
de deux mètres de long, très encombrants, sans compter la bâche
qui relie les deux brancards, susceptible de bruit. Egalement, en vue d'une
pratique "rollerjöering", le "meneur-glisseur" juché
sur des rollers tout terrain en est fortement grandi. Il me semblait donc important,
pour elle surtout mais pour tous les chevaux, de bien décomposer et
amener un à un ces éléments nouveaux et potentiellement
inquiétants.
Par contre, cette jument a l'avantage d'exprimer son stress de
manière "intériorisée", en se figeant et se contractant
sur place avec un air de tension mentale assez caratéristique, là
où beaucoup de chevaux opteraient pour des mouvements de fuite, voire
de défense ou d'explosion.
Je puis donc, dans son cas, amener les éléments en guettant son
état mental, sans craindre de réaction réellement problématique
à gérer à l'attache.
Contexte & préparation
J'avais besoin, au cours de ma construction du cadre de traction, d'une sorte "d'essayage" pour prendre des mesures et voir si mon prototype ne présentait pas de défaut de cotes majeur. Je disposais donc à ce moment d'un brancard totalement nu, dépourvu de bâche, donc visuellement peu massif et peu coloré. J'avais besoin de ces mesures, et ce moment me parut un bon prétexte pour "présenter" le cadre à la jument: l'introduire comme si il était un élément du pansage qu'on amène, manipule autour d'elle en la touchant amicalement, puis qu'on fait disparaitre pour partir sur une séance de travail très agréable: une promenade.
Bref, essayer d'associer la présence de ce cadre à quelque chose de connu, neutre voire agréable, et l'enlever au moindre moment où la jument se sentirai totalement décontractée, son comportement de peur ou de non-peur me dictant jusqu'où je pourrai aller dans cette séance: j'avais dans l'idée,
Contenu de la séance
1- Je récupère la jument dans le pré, l'attache au van comme à l'accoutumée. Je sors la brosse douce et lui passe quelques coups de brosse.
2- Je m'éloigne pour aller chercher le cadre dans la voiture et reviens avec en entrant très calmement dans son champ de vision, lui parlant gentiment et en étant certaine qu'elle me voit arriver: lorsque j'entre dans son périmètre proche elle se contracte, ronfle un peu pour me signifier son inquiétude et se déplace sur son attache. Je ralentis mes gestes en associant des codes vocaux connus et en lui nommant la chose inconnue ("doucement" + "ho, on reste" + "c'est le harnais"), en lui posant le cadre tout doucement contre la paroi du van, devant son attache. Dès qu'elle s'immobilise (naseaux dilatés et tension ++) je la félicite, elle reste "figée" et m'étant débarassée de mon encombrant cadeau, je m'interpose entre le van et elle en la caressant sur l'encolure jusqu'à ce qu'elle respire normalement. Elle se maintient figée en bout de longe.
3- Je m'éloigne avec gestes et déplacement normaux pour aller chercher à quelques mètres de là le cure pied et l'appareil photo pour mettre en image cette phase de "tension". Le temps d'allumer l'appareil et faire la mise au point, dans le viseur, je vois ma statue se dépétrifier et ausculter le brancard qui est sous son nez l'air de rien. Cette phase d'identification à la fois olfactive et tactile (le cheval n'a pas l'air de toucher mais en fait les vibrisses de son nez le renseignent sur matière, rugosité, état de vibration de la chose: vivant ou inerte?) est tout à fait cruciale et extrêmement bon signe.

4- L'examen a l'air plutôt satisfaisant, car la seconde
suivante (photo à 30 secondes d'intervalle environ), la jument, totalement
décontractée, oublie l'objet pour reporter calmement son attention
sur moi.
"Ça va, dit elle. Bon, alors, on fait du skijöering cet hiver,
c'est ça, hein?"

5- Je continue mon pansage pour m'assurer que tout va bien et confirmer que cet objet ne génère pas de problème. Jument normale et décontractée.
6- Dans le même rythme d'activité, tout en lui parlant
je prend le cadre (qui est devant son nez), lui tourne autour doucement, le
pose à terre à coté d'elle (oreilles circonspectes mais
bestiole grise immobile), puis le reprend et le pose autour d'elle (toujours
en lui parlant, codes connus + nom du "harnais").
J'en profite pour faire les mesures des futures guides et pare-projections,
donc m'agiter autour d'elle avec un mètre enrouleur et son bruit. Elle
est toujours immobile, un peu tendue mais modéré.

7- Je remonte les brancards contre les flancs (genre je les attache,
mais sur rien puisque pas de harnais) et les repose à terre, chaque coté,
en m'assurant qu'elle va bien: elle est pas super détendue, mais ne fait aucun
mouvement pour se soustraire (plein de caresses et d'encouragements).
Pour info j'avais amené un "erzatz de harnais" (les éléments
noirs et rouge à ses pieds presque sous le van), au cas où je
pouvais également insérer ces éléments, mais la
jument n'étant pas totalement détendue, je m'en suis abstenue,
estimant que cela aurait été "trop"... Ils ont donc
été amenés et posés en tant que "masse encombrante"
en même temps que le cadre, mais non utilisés.
8- fin de la séance, je lui demande de sortir du brancard à terre
en se déplacant latéralement, espérant qu'elle va toucher le brancard avec ses
pieds pour se familiariser avec présence, et bruit: ce qui ne manque pas d'arriver
et passe très bien car elle est focalisée sur ma demande de dépacement
latéral "coté": elle n'a aucun sursaut ni signe de panique.
Me permet au passage de vérifier la solidité du tube.
9- J'évacue tout le merdier en sa présence, avec moins de précautions, comme si il s'agissait de gestes normaux. Elle ne manifeste aucune tension.
10- Bon allez hop ça c'est fait, on part en balade ;)
Conclusion
Pas de problème, ai pu même aller très loin
dans mon approche (simuler une mise dans les brancards). Processus très
classique et très clair d'identification parfaitement respecté
(cf. en temps 3: l'étape cruciale de reniflage). Je suis agréablement
surprise de la modération de ses inquiétudes face à un
élément nouveau, après 3 ans de rééducation...(la
même manip deux ans plus tôt aurait déchainé une abondance
de réactions de stress de type tremblement, crottin liquide, mouvements
de retrait...).
Elle a apparemment bien identifié et accepté l'objet, non
seulement sa simple présence mais aussi le contact volontaire (simulation
attache) ou fortuit (la sortie en posant le pied dessus).
A continuer et observer les prochaines séances.
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Page du carnet www.chevaux-de-feu.net créée le 23/08/2007, dernière modification du 07/01/2008.